Film: « Fausta » et le mythe de l’Eldorado

juil 09th, 2012 - by

Echange de Maison fausta

Lion d’Or, prix de la meilleure actrice (Magaly Solier), du meilleur film (de Claudia Llosa) et de la critique internationale. Rien que ça. Et pourtant, ces prix sont à la hauteur de l’interprétation, de l’idée comme du scénario.

En prenant plus de recul, ce film nous permet également de nous retrouver en plein village péruvien et de découvrir ce mode de vie si différent de nos pays francophones, entre vestiges du passé et nouveau souffle des dernières générations.

Synopsis

Pérou, après-guerre. Fausta a contracté la maladie du « lait de la douleur » (d’ou le titre en VO « la teta asustada »). Ou du moins, pense l’avoir contractée. Cette maladie mentale la ronge chaque jour et la conditionne. Elle vit aussi dans la peur, celle que sa mère, victime d’un viol, lui a également transmise.

Les deux femmes sont extrêmement proches et Fausta maintient ses distances avec toute autre personne, y compris le reste de sa famille. À la mort de sa mère, Fausta devra affronter ses doutes et ses peurs pour pouvoir enfin renaître.

Échanges de Maisons regard de fausta

 Thématiques

La famille est quasi-omniprésente. Cependant, lorsque Fausta perd sa mère, elle se retrouve avec son oncle qui ne la comprend pas. Face à son affection qu’elle rejette, elle n’aspire plus qu’à une chose : se débrouiller toute seule.

Le deuil marque le film d’un sceau dramatique. Celui-ci va ici de paire avec le repli sur soi. Dans sa logique de débrouillardise, elle évite tout contact physique et reste terrifiée à l’idée qu’un homme ose l’approcher. Lorsqu’elle s’avance dans l’allée de la villa où elle travaille désormais, elle s’approche, craintive. Comme un animal qu’il faut apprivoiser. Deuil maternel, mais aussi historique : le passé ne passe pas. Ce film place le corps au centre de l’histoire (plus particulièrement celui de la femme, violé). Ce corps est un champ de bataille, mais aussi un champ de ruines, avant la promesse de la renaissance.Echange de Maison fausta

Le renouveau et l’espérance viennent délivrer le nouveau souffle dont Fausta a plus que besoin. Asphyxiée par la mort de sa mère, elle semble vouloir se terrer dans sa douleur comme pour lui rentre hommage. On peut voir dans les scènes de liesses toutefois assez présentes, l’indifférence d’une société en plein déni qui évite la confrontation avec ses vieux démons. Ou alors un souffle de renouveau porté par les nouvelles générations qui font revivre le pays. Il en ressort une extraordinaire vitalité : en dépit des blessures, de la mort et du traumatisme, la vie continue.

Par la même occasion, le film Fausta dépeint la société péruvienne comme inégalitaire. Dès son emploi chez la concertiste, les oppositions abondent. Contraste géographique entre les villas du centre et les bidonvilles de la périphérie, linguistique entre le dialecte Quechua et l’Espagnol, mais aussi social entre la grande bourgeoisie et le petit peuple. La musique et l’espoir sont les derniers recours pour communiquer. Ceux-ci sont universels, mais aussi intergénérationnels.

Contexte

Dès les premières secondes du film, comme un préambule qui vous entraîne sans nous demander notre avis, une chanson qui nous berce vient atténuer ses paroles d’une rare violence par son rythme doucereux. La mère de Fausta ne peut parler de son passé qu’en chanson afin d’atténuer sa douleur.

Ce film est inspiré de faits réels. Ceux-ci se sont déroulés lors du conflit interne dans les années 80-90 au Pérou. Le pays a alors connu une période d’une rare violence où les groupes indépendants, forces militaires et de l’armée de l’État s’affrontaient sans merci au détriment de la population. La maladie de la teta asustada montre à quel point cette violence a affecté les générations de l’époque, mais aussi les suivantes.

Que reste-t-il du mythe de l’Eldorado ?

Echange de Maison fausta mariage au pérou

L’Eldorado a beau n’être qu’un mythe, il a nettement contribué à la fascination du mode de vie américain qui fait rêver l’Amérique du Sud. Bien que cette légende se soit révélé infondée, elle continue de pousser des Sud-Américains à risquer leur vie en passant illégalement la frontière du Mexique, portés par la promesse d’une vie meilleure.

C’est à travers ce film que la réalisatrice nous montre l’obsession des femmes pour les mariages « à l’américaine », écartelés entre société traditionnelle et façade occidentalisée à outrance. Plusieurs mariages ponctuent le scénario, dont chacun nous dévoile une nouvelle facette de cet anachronisme culturel. De l’obsession des mariées à avoir une traine immensément longue aux couleurs criardes rose bonbon et jaune canari, les femmes ne conçoivent pas un mariage sans paillette ni prétention.

Cette attitude atteint son paroxysme lorsque les mariés, perdus dans les montagnes péruviennes, posent devant un faux décor exotique peint pour l’occasion.

Avant-goût

Pour avoir un petit aperçu de ce chef d’œuvre, voici la bande annonce :

Partir en échange de maison découvrir ces terres et ce pays riche en histoire est également un moyen d’explorer les vestiges d’un passé pourtant si proche.

“Un país que olvida su historia está condenado a repetirla” (« Un pays qui renie son histoire est condamné à la réitérer »)



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4 réponses à Film: « Fausta » et le mythe de l’Eldorado

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  2. choubidou dit :

    Pas encore vu mais ajouté à ma liste… Par contre l’affiche est un peu spécial… elle sourit à un moment dans le film?

  3. Florine dit :

    … Je ne vais pas trop en dire pour ceux qui n’ont pas encore vu le film 😉
    Mais il vaut la peine d’être vu (idéalement en VO) !

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